MORT TERRAIN
Livre-coffret conçu à partir du Journal des Mines et édité à six exemplaires, auxquels s’ajoute un exemplaire d’artiste.
France, 2026.
ABSTRACT
Le terme mort-terrain, emprunté au vocabulaire de l’extraction minière, désigne la couche de terre et de roche qu’il est nécessaire de creuser et d’évacuer avant d’atteindre un filon exploitable. C’est une autre forme de mort-terrain qui est accumulée ici, réunie en un livre-coffret où s’enchevêtrent pêle-mêle les résidus et les gravats issus des différentes recherches visuelles menées par Elie Monferier pour la conception du Journal des Mines.
AVANT PROPOS. Texte introduisant le coffret Mort Terrain.
"En 2024, alors que j’achève de relier les cinquante exemplaires du Journal des Mines et que je range mon atelier, j’identifie une liasse de deux-cents quatre-vingts feuilles A3 que j’ai écartées lors de l’impression du livre, en raison de divers dysfonctionnements techniques ou d’erreurs de colorimétrie inhérentes au fonctionnement du toner. Il m’apparaît alors très nettement que ces feuilles, que l’on peut considérer comme des déchets de production, constituent un corpus singulier, typique des aléas et des contingences propres à tout processus éditorial. Plutôt que de les éliminer, j’ai décidé de les envisager comme un mort-terrain narratif, un moyen de sonder les strates d’élaboration du Journal et d’explorer d’autres potentialités de ce que peut être le récit visuel aujourd’hui : à la fois lacunaire et multipliant les informations jusqu’à la saturation, désorientant la lisibilité même des images.
Mort Terrain est un agrégat de matières et d’archives : photographies non retenues dans la version finale du livre, photocopies d’ouvrages encyclopédiques sur la mine, captures d’écran de mes navigations et recherches web, études typographiques. L’ensemble de ces éléments est mobilisé sans hiérarchisation préalable. Les images sont imprimées et réimprimées de manière volontairement aléatoire sur les feuilles initialement rejetées. Chaque page devient ainsi le lieu d’une accumulation de strates témoignant des différentes temporalités de ma recherche. À ce palimpseste (1), j’ai agrégé les différents essais de tirage, retenus ou non, que j’ai effectués pour l’exposition du Journal : impression sur plaque d’acier oxydé, procédé Fresson, tirage jet d’encre sur papier népalais. Mort Terrain se présente comme la somme des expérimentations visuelles que j’ai menées pour le Journal des Mines.
Chacun des six coffrets comprend :
1. 160 pages inédites et uniques de Mort Terrain
2. 5 pages de texte issues du livre original
3. 16 pages de ce même texte réagencé dans un autre ordre
4. 1 échelle de gris à la gomme bichromatée
5. 1 impression UV sur plaque d’acier oxydée, 18 x 24 cm
6. 1 tirage réalisé selon le procédé Fresson, 18 x 24 cm
7. 1 tirage sur papier artisanal népalais, 9 x 13 cm
(1) Par ce jeu d’impressions successives, se met en place une dynamique où ce qui disparaît continue de conditionner ce qui apparaît : les images, les traces résiduelles, les défauts techniques se superposent, s’altèrent et se reconfigurent. Les pages de Mort Terrain donnent à voir une mémoire non linéaire, faite de chevauchements et de survivances, dans laquelle ce que nous voyons est constamment contaminé par ce qui nous échappe. Elles mettent volontairement en crise l’idée d’une histoire qui serait stable, univoque et définitive. Elles en révèlent au contraire le caractère stratifié et conflictuel, soumis aux régimes de visibilité qui en organisent la perception. L’Histoire est un processus de simultanéité et de recouvrement, où chaque nouvelle couche transforme la lecture des précédentes.

Salon UnRepresented, Photographies d'archive sur plaques d'acier oxydées, Paris, 2026.